2 Comment rendre un triangle équilatéral ?

Considérons un triangle Δ de E. Nous notons (A,B,C) ses sommets. Lorsque E est un espace euclidien, nous notons aussi a,b,c les mesures de ses côtés et α,β,γ celles de ses angles, conformément à la figure 2.


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FIG. 2: Notations.


Les vecteurs

-AB→  et

-A→C  étant linéairement indépendants, ils forment une base de E qui est de dimension 2. Un produit scalaire g de

-→
 E est entièrement déterminé par les nombres

p = g(-A→B,  -A→B ), q = g(-A→C, -A→C  ), r = g (-AB→, -A→C ) = g(-A→C,  -A→B )
(1)

Signification de p, q et r Il est clair que

    √ --     √ --
c =   p, b =   q, r = bccos α.
(2)

En particulier,

Proposition 2.1 On peut toujours choisir g pour donner à b > 0, c > 0 et α ∈]0[ des valeurs arbitraires et on ne peut le faire que d’une seule manière.
Voyons alors comment calculer le troisième côté du triangle. On a
a2 = |-B-→C | = g(-A→C  - -AB→,  -A→C  - -A→B  ) = p + q - 2r = b2 + c2 - 2bccosα
(3)

vu (1). Nous retrouvons ainsi le théorème de Pythagore généralisé. Avec les relations précédentes, celle-ci montre également que

Proposition 2.2 Lorsqu’on multiplie un produit scalaire par le carré d’un nombre positif, les mesures des côtés du triangles sont multipliées par ce nombre.

A cette formule, nous pouvons encore ajouter celle donnant les angles β et γ de Δ.

             p - r                    q - r
cosβ =  √--√-----------, cosγ =  √--√-----------.
          p  p + q - 2r            q  p + q - 2r
(4)

On obtient par exemple la première en écrivant

        g(-B→A, -B-C→ )    1   -→  -→    -→      1
cosβ =  ----------- = ---g(BA, AC  - AB  ) = --(- r + p).
        |BA  ||BC |    ca                     ca

Convexité de l’ensemble des produits scalaires Pour que des nombres (réels) p,q,r définissent un produit scalaire grâce aux formules (1), il faut et il suffit que la matrice symétrique

      (       )
         p  r
Gg  =    r  q

soit définie positive. Cela signifie exactement que p > 0 et pq - r2 > 0.

Ceci nous donne une représentation géométrique de H+(

-→
E ) dans IR3 qui illustre de façon claire que c’est un cône convexe(2). En particulier, si g1,,gn ∈H+(

-→
 E ) et si la somme des nombres positifs a1,,an est 1, alors

a1g1 + ⋅⋅⋅ + angn

est aussi un produit scalaire sur

-→
E . Voici une illustration de cette propriété. D’après la Proposition 2.1, si X est un sommet d’un triangle, il existe un unique produit scalaire gX pour lequel le triangle est rectangle en X et les deux côtés issus de X sont de longueurs 1. D’après le théorème de Pythagore, l’hypothénuse mesure alors √ --
  2.


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FIG. 3: Forme du triangle Δ dans (E,gA).


Proposition 2.3

A multiple positif près, il n’y a qu’un produit scalaire pour lequel le triangle de sommets (A,B,C) est équilatéral, à savoir

    1-     1-     1-
g = 3 gA + 3gB +  3gC .

Preuve. On a

3g(-AB→,  -A→B ) = gA (-AB→,  -A→B ) + gB (-AB→,  -A→B ) + gC(-AB→,  -A→B ).

Pour gA et pour gB, la mesure du côté [A,B] est 1, tandis que pour gC, ce côté mesure √ --
  2 car c’est l’hypothénuse. Par conséquent, dans (E,g) le triangle est équilatéral puisque ses côtés mesurent tous

  -----------
∘   - →  -→       √ --
  g(AB,  AB ) = 2∕  3.

D’après la Proposition 2.2, lorsqu’on multiplie g par 324, où est un nombre positif quelconque, le triangle reste équilatéral mais la taille de ses côtés devient . D’après la Proposition 2.1, (324)g est le seul produit scalaire pour lequel le triangle est de cette forme. D’où la propriété.

Mesure d’aire Lorsqu’on s’intéresse seulement aux formes de triangles semblables, on ne s’intéresse pas aux longueurs des côtés. On peut donc convenir de normaliser le triangle en fixant une grandeur qui lui est associée. On peut par exemple fixer à 1 le rayon du cercle circonscrit ou imposer l’aire du triangle.

Proposition 2.4 L’aire du triangle Δ dans (E,g) est donnée par

    1 ∘ -------  1 ∘ -------
S = --  detGg  = --  pq - r2.
    2            2
(5)

Preuve. En effet, d’après nos souvenirs de l’école primaire, S est “la moitié du produit de la base par la hauteur”. Considérons la hauteur issue de C. Elle vaut b sin α. Comme sin α > 0,


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FIG. 4: Hauteur issue de C.


                       ∘ ---------
        √ ----------          r2
sin α =   1 - cos2α =    1 - -2-2.
                             b c

Donc,

       ∘  ---------
               r2    √ ---------  ∘  -------
2S =  bc   1 - -2-2 =   b2c2 - r2 =   pq - r2.
              b c

L’équation pq - r2 = 4S2 définit un hyperboloïde à deux nappes de IR3. En ajoutant la condition p > 0, on en sélectionne une nappe, qui représente donc l’ensemble des produits scalaires pour lesquels l’aire du triangle Δ vaut S (on suppose que le nombre S est positif).

La formule de Héron A ce stade, il est facile d’obtenir une expression de S à l’aide des mesures des côtés. On l’appelle la formule de Héron.

Proposition 2.5 Notons p la moitié du périmètre a + b + c du triangle Δ de (E,g). On a

    ∘  ----------------------
S =    p(p - a )(p - b)(p - c).

La notation p pour le demi-périmètre est classique. Elle entre en conflit avec la signification donnée à p ci-dessus. Comme elle n’intervient que dans cette proposition, nous tolérerons cette ambiguité.

Preuve. D’après le théorème de Pythagore généralisé, 4r2 = a2 - b2 - c2. Donc

16S2   =  4b2c2 - (a2 - b2 - c2)2
       =  (2bc + a2 - b2 - c2)(2bc - a2 + b2 + c2)
            2         2        2    2
       =  [a  - (b - c) ][(b + c) - a ]
       =  (a + b - c)(a - b + c)(b + c + a )(b + c - a)
       =  16p (p - a)(p - b)(p - c).